Il y a peu, pour des raisons extra-professionnelles, je me suis rendu dans un collège du 13e arrondissement, lieu où se tenait une réunion à laquelle j’étais convié. Ce fut pour moi l’occasion de me rendre compte, de mes propres yeux, que le collège de 2009 n’a plus grand chose à voir avec celui de 1991.
Je tiens à préciser deux choses : il s’agit d’une part, d’un collège qui jouit d’une réputation honorable et d’autre part, la réunion s’est tenue un mercredi après-midi, ce qui signifie que le collège était vide. J’ai donc pu profiter, l’espace de quelques instants, d’un collège parisien honorable et vidé de sa faune habituelle.
Une fois arrivé sur les lieux, je suis immédiatement frappé par l’entrée du collège. Pour atteindre les portes en plexiglass et pénétrer dans le hall, vous devez nécessairement franchir une porte métallique à barreau extrêmement large, qui est rattachée à une structure encore plus importante qui vise à protéger l’entrée d’éventuels intrus. Pour le dire autrement, une véritable barrière de barreaux en métal très épais sert de protection au collège. Impossible donc de jeter quoi que ce soit sur l’entrée. Impossible de foncer avec une voiture bélier non plus. Charmant.
Une fois entré dans la place, je suis conduit à la salle qui servira, pour l’occasion, de salle de réunion. Et voilà ce que j’ai ou lire sur la porte de la salle en question, qui, après déduction, devait être une salle d’étude :
Règles du lieu
1. Je frappe avant d’entrer
2. Je me tais
3. Je m’asseois
4. Je réponds “présent” lors de l’appel de mon nom
5. JE TRAVAILLE !!
6. Je ne vais pas au W.C.
Etant le premier arrivé, je visite la (petite) salle et tombe, stupéfait, sur ce nouvel affichage :
VOL à l’étalage : puni de 3 ans de prison
VOL en réunion : puni de 5 ans de prison
Et sur cette même affiche, en bas, on pouvait lire, ajouté au stylo et avec une écriture de mouche :
bien fait pour ta gueule Karim, tu va (sic) manger de la prison
Le reste de la salle était propre et en bon état. Il y avait bien des posters de joueurs de basket au mur (que des Noirs) et une photo de l’équipe de France de football (presque que des Noirs).
Une fois la réunion terminée, je sors dans le couloir et vais me laver les mains aux toilettes. Sur mon chemin, je jette un oeil sur les affiches qui recouvrent les murs. Se succèdent des tracts vantant l’usage du préservatif (“L’épidémie reprend. Reprenons le préservatif“), la pilule du lendemain, dénonçant l’usage de la drogue et des dépendances qu’elle entraîne, les violences physiques et verbales, sans oublier les affiches faisant l’apologie du “vivre ensemble” et de la “diversité”.
En 1991, dans mon collège public, il n’y avait pas de barrières de haute sécurité qui protégeaient l’entrée. Tous les matins, le proviseur était à l’entrée et s’assurait que tout se passait bien. Tout le monde entrait sagement en disant : “Bonjour M. le proviseur”. Pas la peine non plus d’afficher des règles de bonne conduite sur une porte : ces règles, transmises par nos parents, répétées par notre entourage et les enseignants, nous les connaissions par coeur. Nous n’avions pas non plus de calendrier des peines. On passait directement au coup de pied dans le cul à la moindre bêtise. Mon postérieur a ainsi pu goûter au 43 du surveillant général, à la suite d’un léger chahut. Et nous n’avions pas de cellule psychologique pour autant. Les murs des couloirs ne comportaient aucune information du type précité. Et pourtant, 15 ans, c’est l’âge où les garçons et les filles se rapprochent dangereusement. Rien de tout cela.
Mon collège de 1991 n’a donc pas grand chose à voir avec ce collège de 2009, un collège… moderne.
Que cette modernité-là est immonde.
Ce qui est frappant je trouve c’est la volonté de soumettre à des règles sans réfléchir.
“Si tu fais pas ce qu’on te dis tu vas prendre 5 ans de prison”.
Ce n’est quand même pas la meilleure des façons de pousser à l’étude voire même d’apprendre la courtoisie, surtout à école !
Manque plus que la brigade antigang en tenue de combat qui campe dans le réfectoire, et ils seront prêts à parer à toute “manifestation d’incivilité”, du genre expédition punitive à coups de barres de fer et autres hachoirs de boucher.
Il y a de cela quelques mois, je vais chercher la fille d’une amie à la maternelle, j’insiste à la maternelle.
Pour trouver une place de parking libre, j’arrive suffisamment à l’avance, et là j’observe le manège suivant :
11 h 45 arrivée de deux voitures de police, l’une d’elle se met en faction une rue plus loin, la deuxième se met en place devant l’école, deux fonctionnaires en descendent et après avoir sonné car tout est verrouillé, ils prennent position dans le hall d’entrée.
Je suis allé chercher la fille de mon amie, avec un sentiment mitigé et des pensées qui vous rejoignent monsieur Artemus.
Une remarque Artemus: plus les règles sont explicites plus cela signifie qu’elles sont très peu respectées…
En d’autres termes, et cela ne vaut pas que pour l’école: “le respect des règles est inversement proportionnel à l’effort que fait l’institution pour les promouvoir”…
Ainsi on peut juger de la “température” d’un bahut en analysant brièvement son règlement intérieur. Plus c’est détaillé et plus c’est le Bronx qui est censé être par ces règles combattu.
Mon collège, c’était du temps de Mitterrand période 1981-1983, c’était en banlieue rouge, la moitié de ma classe était analphabète, des gens entraient défoncés à la colle des trous comme des fosses sceptiques dans leur petit cerveau, des voisins faisaient le carton sur les murs avec des 22 long rifle, du plomb surtout, il m’arrivait de sortir et d’assister à des poursuites revolver au poing, de me battre un jour sur trois, de courir quand des gars sortaient la barre de fer renforcée, on découvrait comme on pouvait le chemin des petites culottes, notre éducation se faisait dans des pornos volés version papier froissé avec de fausses Marilyn empapaoutées, tous dans le même bateau, portugais, antillais, le reste, pas nombreux, il fallait surtout taire les sentiments, se faire discret sur le savoir, vous voyez rien n’a changé, c’est Darwin recomposé
-> PBG/PKK
Certes. Ma comparaison ne vaut qu’avec mon collège qui ressembl(ait) étrangement à celui-là.
Il faudrait comparer votre bahut de 1981 avec ce qu’il est devenu en 2009.
Bonjour,
Mon collège, c’était entre 79 et 82 et il n ‘y avait pas non plus de fortifications avec vigiles et caméras, pas non plus de missions punitives et autres conflits entre bandes…
Nous étions entre même enfants du même âge, toutes origines confondus, sans même savoir que des différences pouvaient exister entre nous… Les Harlems Globes Trotters étaient déjà noir et moi même sans être noir, j’étais fan de basket…
Si nous n’étions pas tous des lumières, une certaine complicité existait entre nous et je n’ai pas eu à souffrir du moindre conflit pendant ses années… On ne trouvait pas non plus de seringues dans les WC, ni sacs de colles à rustines.
Actuellement, c’est ma fille qui est au collège… Cela reste bien correct au vue des différents évenements qui se produisent dans des régions à problèmes, mais c’est vrai que l’on ressent une plus grande tension, des règles de vie, des règlements à ne plus en finir…
Moi j’ai le souvenir de mon collège ou il y avait un noir et un arabe pour une dizaine de classes.
Et c’étaient les vilains petits canards, presque tout le monde les méprisaient et certains les tapaient.Aux toilettes fleurissait des croix gammées et des jolis petits messages.
Il y a peu quand je suis allé cherché ma petite sœur a la sortie du même collège, j’ai été agréablement surpris de voir un mélange plus harmonieux, et les coups étaient dirigés sur des gens choisis pour d’autres raisons qu’une simple question couleur.
Les mentalités ont évoluées et j’en suis bien content.
Affiches ou pas sur les murs, de toutes façons personne ne les regardes, mis a part quelques aigris comme vous.
Peut etre vous faites partis de ceux qui tapaient et regrettent maintenant avec nostalgie de voir les gens de différentes provenances apprendre a se connaitre.
Et puis c’est ridicule de parler de nostalgie et des de changements de la vilaine modernité quand on parle des années 90……
-> L’indien
Vos sous-entendus gratuits et infondés ne vous honorent pas. Je ne suis guère étonné : l’honneur n’est sûrement pas à vos yeux une valeur qui se doit d’être répandue.
Pour le reste, je vous laisse à vos divagations.
Y’ a une part de vérité dans mes sous entendus ? n’est ce pas?
Faut etre franc avec sois meme, c’est une question d’honneur.
-> L’indien
Vous êtes un grand malade mon ami. Un très grand malade.
Artemus, en fait, vous êtes Serge Ayoub, pas vrai ?
Cet indien alors ! Une perspicacité à faire pâlir Sherlock Holmes.
-> Hank
Serge Ayoub ! Mdr !!
Aââh, jeunesse !
Vous voir évoquer avec nostalgie le bon temps des années 70 ou 90… ça me rajeunit pas.
Moi qui ne compte plus mes automnes, je me rappelle très bien ma scolarité juvénile, mais je vous parle d’un temps que les moins de 60 ans ne peuvent pas connaître. D’abord, c’était en lycée. Y’avait pas de collèges : le lycée était divisé en « petit collège » jusquà la 3ème et « grand collège » à partir de la 2nde.
Ensuite, c’était en France, un pays depuis disparu : les élèves étaient européens, tous. Comme personnages atypiques, j’ai rencontré UN Antillais, et deux Noirs d’Afrique en terminale, l’un du Congo et l’autre du Cameroun. Deux vietnamiens, aussi (dont un premier en maths). Pas un seul maghrébin en huit ans (j’ai redoublé une année, crise de vocation, sans doute).
Il n’y avait pas la moindre affiche appelant à la discipline et au respect des règles élémentaires. Pour le moindre retard à l’arrivée au lycée, il fallait aller chercher un billet d’admission en classe chez le censeur, et c’était l’angoisse. On se levait à l’entrée du prof dans la classe. Et tous nos profs étaient agrégés, avec une majorité d’hommes, à plus de 90 % (je n’ai jamais eu de prof femme dans le secondaire).
Les sanctions étaient fréquentes, heures de colle pour l’essentiel, par paquets de 2, 4 ou 8 (une intégrale, ça s’appelait).
Bien sûr, il y avait de l’agitation, des bourdonnements, des boulettes… : on n’est pas sérieux quand on a 17 ans (ni 12 ou 15). Mais jamais de violence, jamais d’armes, jamais de menaces. Pas de caméras, pas de portique de sécurité. Il était absolument inconcevable de parler grossièrement à un prof, on était bon pour le conseil de classe.
Bref, une époque sauvage, dure, inhumaine. J’en garde un excellent souvenir. Plusieurs fois, dans les années 60, je suis retourné dans les murs du lycée, me promener, voir comment ça évoluait, me rappeler. Je n’ai jamais été interpellé par qui que ce soit. La porte était grande ouverte.
Je me demande si on n’a pas perdu quelque chose
j’ai une expérience parfaitement similaire à celle de Pakounta (années 60)